Faites connaissance avec une famille d’agriculteurs qui a su prospérer durant cinq générations de changement


À marée basse, la baie de Cobequid en Nouvelle-Écosse devient une plaine boueuse qu’on pourrait traverser à pied. C’est la démonstration quotidienne que nous donne la nature du fait que les changements peuvent être rapides et dramatiques.

Cette leçon n’échappe pas aux Jennings, dont l’exploitation avicole Bayview Poultry Farm longe la côte de Cobequid. Les Jennings, comme des milliers d’autres agriculteurs, traversent une période de transition sans précédent dans l’industrie  ovocole.

Glen Jennings est le patron de l’exploitation. C’est un bon patron qui a le sourire large et le rire chaleureux. Blake, le fils de 21 ans de Glen, travaille sur la ferme aux côtés de son père.  « Blake est né fermier, explique Glen fièrement. Il savait que c’était ce qu’il voulait faire avant même d’apprendre à marcher et à parler. »

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Glen Jennings, le patron de Bayview, nous fait visiter son installation.

« Ce n’est pas un emploi, c’est un style de vie, dit Blake.  J’ai la chance d’être ici avec ma famille et de me disputer à l’occasion, ajoute-t-il en riant. »

Le père de Glen, Cecil Jennings, le patriarche de la famille, a travaillé sur cette terre à partir des années 1940. À cette époque, Bayview Farm logeait environ 4 000 poules. Cecil raconte le travail nécessaire pour nourrir manuellement des milliers de poulets. « On devait manipuler la nourriture cinq fois par jour. »

Mais le travail n’était pas exigeant seulement au plan physique. L’élevage de poules saines était un défi constant. Les troupeaux élevés à l’extérieur faisaient face à des menaces constantes. Éventuellement, l’élevage adopta ce qu’on appelle maintenant le logement conventionnel.

« C’était une toute nouvelle technologie qui améliorait le bien-être des oiseaux, » dit Glen.

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« Blake est né fermier », dit son père. On le constate sur cette photo du poulailler à logement aménagé des Jennings où Blake manipule des oiseaux.

Le logement conventionnel a rendu possible un autre changement important : l’automatisation. L’administration de nourriture et l’évacuation du fumier, tâches  qui exigeaient auparavant une intervention humaine, pouvaient désormais être exécutées par une courroie mécanique. « C’était révolutionnaire, non seulement en termes d’efficacité, dit Glen, mais aussi en termes de main-d’œuvre. Il devenait possible de faire autre chose. Tout d’un coup, il nous était possible d’aller camper en fin de semaine. Avant, c’était impensable. »

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Le logement aménagé comprend des aménagements tels une zone de nid dans laquelle les poules peuvent pondre à l’écart et de longues tiges de métal sur lesquelles les poules peuvent se percher.

Il y a quelques années, Glen a décidé de remplacer un de ses deux poulaillers par une installation à logement aménagé. L’installation offre plus d’espace et d’aménagements pour les oiseaux. Glen en est très satisfait.  « On voit une différence entre les deux, dit-il. Non seulement dans les chiffres – alimentation plus efficace, mortalité réduite. Les oiseaux sont dix fois plus heureux dans un logement aménagé. »

Glen et Blake veulent convertir le reste de leur installation conventionnelle en logement aménagé. Mais les controverses contemporaines viennent brouiller les cartes. Par suite de l’annonce, par certaines compagnies, qu’elles n’accepteront que des œufs provenant d’exploitations sans cages, les Jennings constatent qu’il est de plus en plus difficile de prévoir l’avenir.

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Le logement aménagé offre plus d’espace à chaque poule, l’une des nombreuses raisons pour laquelle Glen déclare que « les oiseaux sont dix fois plus heureux ».

Quand nous avons demandé à Glen ce qui arriverait s’il était obligé de convertir son exploitation à un système sans cages, la conversation s’est assombrie.  « Il s’agirait pour nous d’un énorme investissement, dit-il. Je ne sais pas si nous en aurions les moyens,  ajoute-t-il  tristement. Ça pourrait être ce qui nous obligerait à cesser nos opérations. Y a-t-il un marché suffisant pour des œufs produits par élevage sans cages? »

Parallèlement au débat au sujet du logement des poules, un autre débat se poursuit au sujet de l’avenir de la gestion de l’offre dont les politiques assurent aux fermiers un juste prix de vente. Pour Glen, la gestion de l’offre est simple : « Si nous ouvrions nos frontières sans gestion de l’offre, nous perdrions notre marché. »

Cecil se souvient des années avant la gestion de l’offre. « Les grossistes nous offraient un prix au comptant ou un prix inférieur, dit-il. Nous devions prendre ce qu’on nous offrait. Nous ne savions jamais, d’une semaine à l’autre, ce que nous allions recevoir. »

Pour Blake, l’affaire est claire et nette : « Je n’ai pas d’avenir sans la gestion de l’offre. » Que dit-il d’un avenir en régime de gestion de l’offre lui donnant le droit de développer sa ferme avec un logement aménagé? Blake qualifie cet avenir de « brillant ».

Au cours de cinq générations, l’industrie des Jennings a changé comme la marée de leur baie. Mais ils ne choisiraient aucun autre métier.

« Je suis fier de cette ferme et de ce que ma famille a accompli, dit Blake. Cinq générations ont vécu sur cette ferme et lutté ensemble. »

« Je suis fier d’avoir un fils et un petit-fils qui sont prêts à prendre la relève, dit Cecil avec émotion. Autrement, la ferme n’existerait plus. »

Leur ferme sera-t-elle là dans les années à venir? S’il n’en tenait qu’à Blake, certainement. Les Jennings ont su prospérer durant cinq générations. Ils sont prêts à faire face à l’avenir.

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Avec le logement aménagé et la gestion de l’offre, Blake Jennings est prêt à prendre la relève de la Bayview Poultry Farm et d’ajouter une autre génération à cette entreprise familiale.