Le Canada peut-il créer sa propre « Silicon Valley » de l’alimentation?


Lorsque vous pensez à la Silicon Valley, que vous vient-il à l’esprit? Des dieux de la technologie comme Mark Zuckerberg, Elon Musk et Bill Gates non? Des inventions comme les téléphones intelligents surgissent dans l’imaginaire. Mais penseriez-vous au Canada, naturellement, juste comme ça?

Créer une Silicon Valley de l’agriculture est pourtant la noble ambition des chercheurs de l’Université de Guelph. Ces scientifiques – avec un peu d’aide du gouvernement et des partenaires de l’industrie – ont lancé une nouvelle initiative nommée Food From Thought : Agricultural Systems for a Healthy Planet (L’intelligence au service de l’alimentation : des systèmes agricoles pour la santé de la planète).

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Certains n’hésitent pas à qualifier cette initiative de « moment charnière d’une révolution menant au prochain cycle de l’agriculture au Canada »1. Le gouvernement du Canada a investi près de 77 millions de dollars dans ce projet par l’intermédiaire du Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada. Il s’agit du plus important investissement fédéral pour une seule recherche dans l’histoire de l’Université de Guelph2. « Ce soutien sans précédent pourrait faire de Guelph la Silicon Valley de l’alimentation et de l’agriculture », soutient Evan Fraser3.

M. Fraser est le directeur de l’Institut de l’alimentation de l’Université de Guelph et il est président de la chaire de recherche du Canada pour la sécurité mondiale des aliments. « La prochaine révolution numérique passe par l’analyse des mégadonnées en agriculture », affirme-t-il. « Cette approche est utilisée pour l’Internet et la médecine personnalisée. Alors, nous voulons appliquer ça au système d’alimentation. » Food From Thought vise la création d’une connexion avec la révolution numérique pour en faire profiter l’agriculture, une industrie où cette technologie est sous-utilisée.

« Le défi de nourrir une population mondiale croissante de manière durable sans détruire l’environnement représente l’un des grands projets du 21e siècle », dit M. Fraser. L’objectif? « Élaborer un système agricole qui crée plus de nourriture, mais qui réduit les conséquences sur l’environnement et améliore le bien-être des animaux. »

C’est un ordre du jour fort ambitieux, mais si une équipe est en mesure de concrétiser cet objectif, c’est bien l’extraordinaire équipe de l’Université de Guelph. « Guelph propose son héritage : 150 ans de recherche en agriculture. Nous avons un beau carnet de route », note M. Fraser.

Food From Thought saura relever tous les défis qui se présenteront. Par exemple, les chercheurs étudieront les méthodes pour réduire l’utilisation des antibiotiques dans les cheptels en utilisant la génétique et les pratiques de gestion4. L’élevage d’animaux en les nourrissant avec des régimes alimentaires de qualité supérieure à partir de la naissance permettra en outre de réduire les besoins d’utilisation d’antibiotiques.

L’un des principaux objectifs du projet est de créer des outils permettant de repérer plus rapidement les problèmes – des agents pathogènes ou des toxines par exemple – dans les aliments et dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement mondiale5. Un des moyens envisagés pour y arriver est d’utiliser une technologie mise au point par l’Université de Guelph qui pourrait bien révolutionner l’industrie, une technologie qu’ils nomment la « codification à barres de l’ADN ». Cette méthode utilise un fragment d’ADN pour identifier avec précision une espèce. « Lorsque la viande de cheval a fini en burritos, l’Union européenne a trouvé de l’aide dans cette codification à barres de l’ADN », note M. Fraser.

« La codification à barres de l’ADN nous permettra d’amener plus de transparence dans la chaîne alimentaire. « Avec l’analyse des isotopes, nous espérons que nous pourrons déterminer la provenance des aliments. Dans le cadre d’une chaîne alimentaire mondiale où les consommateurs veulent faire des choix qui sont durables, c’est vraiment une grande percée. »

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Mais au-delà de cette innovation révolutionnaire, Evan est particulièrement fier que tout ceci soit né ici, au Canada. « J’ai passé du temps dans des fermes où la simple existence de cette ferme permettait de créer des nutriments, construire une biodiversité et créer des avantages sociaux et économiques pour les communautés locales, et tout ça en produisant beaucoup d’aliments sains et nutritifs. Grâce à ces outils, nous pouvons aider l’industrie canadienne à poursuivre son bon travail et démontrer que la durabilité permet d’accéder à un marché important ».

Cet investissement pourrait être un catalyseur de retombées sans précédent : la création d’une Silicon Valley canadienne, soit l’invention et l’innovation menant vers le prochain cycle de l’agriculture. Si Evan Fraser et l’Université de Guelph concrétisent leur projet, le Canada pourrait être l’endroit où les mégadonnées entreront en relation avec les fermes familiales, proposant du même coup les nouvelles connaissances provenant de partout dans le monde.