Producteurs de génération en génération depuis 1761


Nous sommes en 1761. Le roi George III, arrière-arrière-arrière-grand-père de la reine Elizabeth II, est couronné roi de Grande-Bretagne et d’Irlande1. La première police d’assurance‑vie en Amérique du Nord est émise à Philadelphie. Et un homme du nom de Deacon John Newcombe ainsi que ses fils, Eddy et John, reçoivent une concession de terre en Nouvelle-Écosse. Ils quittent alors la Nouvelle-Angleterre pour s’installer dans la vallée de l’Annapolis, dans une région nommée Cornwallis, et se mettent à cultiver la terre.

Dix générations plus tard, après la Confédération, deux guerres mondiales et plus de 250 ans d’histoire, les descendants de Deacon John cultivent encore le même lopin de terre. L’entreprise Cornwallis Farms est l’une des exploitations agricoles les plus anciennes du Canada, plus ancienne que le Canada lui-même. En ce 150e anniversaire du Canada, il est impressionnant de penser que cette ferme a vu passer chacune de ces 150 années, et beaucoup plus encore.

Aujourd’hui, l’entreprise est dirigée par la neuvième génération de la famille, Geneve et Craig Newcombe, en partenariat avec le frère de Craig, Brian, et sa femme Edna. La dixième génération a récemment repris l’entreprise familiale en la personne de David, fils de Geneve et de Craig, et fraîchement diplômé de l’Université Saint Mary’s. Nous leur avons parlé à tous les trois, ainsi qu’à Alice, la mère de Craig, représentante de la huitième génération de producteurs de Cornwallis Farms.

En 1761, la ferme de la famille Newcombe était une ferme de subsistance. Aujourd’hui, on y trouve diverses cultures, des œufs, de la volaille, des vaches laitières et beaucoup plus encore. La ferme est même devenue autosuffisante en fourrage puisque la famille cultive tout le fourrage nécessaire pour ses propres animaux. Dans les années 1970, la famille a peu à peu délaissé le verger pour mieux se concentrer sur la production laitière et la volaille.

« Le grand-père de Craig a eu la sagesse d’effectuer ce virage », fait remarquer Geneve.

L’agriculture représentait une part importante de l’effort de guerre au Canada, alors que les soldats postés en Europe se nourrissaient d’œufs canadiens durant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, le marché s’est érodé, comme l’explique Craig : « Les œufs n’ont pas été très rentables pour beaucoup de producteurs, pendant de nombreuses années ». La gestion de l’offre a apporté une stabilité plus que nécessaire au marché. Grâce à la gestion de l’offre, l’entreprise Cornwallis Farms a pu demeurer ce qu’elle a toujours été : une entreprise familiale.

« Je m’entends bien avec tous les membres de ma famille, confie David en gloussant. Nous souhaitons tous ce qu’il y a de mieux pour la ferme; nous voulons la voir poursuivre son œuvre jusqu’à la prochaine génération. »

David, maintenant âgé de 25 ans, travaille à temps plein à la ferme depuis 2014, après avoir obtenu son diplôme de l’Université Saint Mary’s. Il connaissait déjà très bien le travail de la ferme puisqu’il y a travaillé tous ses étés depuis la 9e année. Il a aussi participé au programme national de la relève des Producteurs d’œufs du Canada pendant un an afin d’approfondir ses connaissances dans l’industrie de la production d’œufs. Mais pour ce qui est de l’éducation, David apporte son bagage bien personnel puisqu’il détient un baccalauréat en commerce, et non en agriculture.

C’est une très bonne chose : plus que jamais, les agriculteurs doivent développer leur esprit d’entreprise. En effet, l’agriculture canadienne connaît une période mouvementée. Selon David, il y a eu une diminution constante du nombre de fermes dans la vallée de l’Annapolis.

Quel est donc, alors, le secret de la famille Newcombe? Comment l’entreprise Cornwallis Farms a-t-elle pu survivre et prospérer pendant dix générations?

« Cette volonté d’assurer la continuation de notre héritage nous a poussés à être avant-gardistes sur le plan de la technologie, explique Craig. Si vous n’allez pas de l’avant, vous prenez du retard, surtout dans le secteur agricole à notre époque. Nous saisissons les bonnes occasions, et si nous devons utiliser une nouvelle technologie pour augmenter notre efficacité, nous n’avons aucune difficulté à quitter notre zone de confort. »

« La gestion de l’offre a été cruciale pour nous au cours des dernières années, indique Geneve. Ce virage nous a donné la confiance nécessaire pour investir. »

Lorsqu’il reprendra les rênes de l’entreprise, David veut aller un peu plus loin dans ces investissements. « Je voudrais que nous en fassions encore plus pour la préservation de l’environnement, dit-il. Il faudrait que nous investissions dans l’énergie renouvelable, autant que possible : peut-être quelques éoliennes, plus de panneaux solaires… »

L’enthousiasme de David est contagieux. Comme le souligne Geneve, on ne peut pas forcer ses enfants à perpétuer l’héritage familial. Mais perpétuer cet héritage est exactement ce que veut faire David. « On a bien fait notre travail!, dit Craig en riant. C’est ce que je voulais depuis le début. Je suis extrêmement reconnaissant de voir mon souhait se réaliser. »

« Je suis heureuse que nous ayons réussi, et je suis encore plus heureuse d’avoir mon fils tout près et de pouvoir le voir tous les jours!, ajoute Geneve. Je suis contente qu’il n’ait pas à s’exiler vers l’ouest pour trouver du travail. Je trouve formidable que la famille puisse rester unie. »

« Ça me rappelle l’époque où mon mari et son frère exploitaient la ferme, renchérit Alice, la voix pleine d’émotion. J’en suis très fière. »

Pendant dix générations, cette ferme a permis à la famille Newcombe de rester ensemble. Dans un coin du pays où beaucoup de jeunes quittent la province pour découvrir de nouvelles possibilités, ce n’est pas rien. C’est même un exploit. C’est le genre de réalisations qui fait que nous sommes fiers d’être Canadiens, et fiers de servir les Canadiens depuis plusieurs générations et pour les générations à venir. Exactement comme le fait la famille Newcombe, de Cornwallis Farms.