Économique appliquée pour les producteurs d’œufs


Une chaire en recherche économique trouve de vraies solutions à de vrais problèmes

Ce qu’aime Maurice Doyon de son travail c’est qu’il apporte une aide tangible aux producteurs agricoles.

Peu d’économistes, dit-il, ont la satisfaction de savoir que leur travail a un impact réel sur la vie des gens.

Détenteur de la toute première Chaire de recherche économique sur l’industrie des œufs à l’Université Laval, M. Doyon dirige des recherches qui ont des applications concrètes.

Fils de fermier – son père a monté une ferme laitière en Estrie – il est tout à fait au courant des défis auxquels ont à faire face les producteurs agricoles.

M. Doyon lui-même n’était pas destiné à travailler la terre. Il a d’abord fait des études en sciences – en microbiologie et en biologie – avant de se diriger, un peu par accident, vers l’agroéconomie.

« Je me suis dirigé vers les sciences économiques en partie parce que je n’aimais pas la façon de penser des économistes », explique-t-il. Il s’est ensuite passionné pour une branche relativement nouvelle du domaine qui prend une approche empirique à la théorie économique en générant ses propres données.

« Ça me convenait parfaitement », dit-il.

M. Doyon, qui travaille avec les Producteurs d’œufs du Canada depuis 2009, détient l’une des quatre chaires de recherche soutenues par l’organisation. Ces chaires travaillent au partage de connaissances et de recherche fondée sur des données probantes entre les producteurs, l’industrie et le public, en vue de la poursuite d’améliorations permanentes des aspects clés des opérations.

M. Doyon a comme défi et comme but de créer des recherches qui ont une valeur réelle (appliquée) pour les producteurs d’œufs, tout en apportant une contribution académique importante. Il s’agit, en économique, d’un but traditionnellement difficile à atteindre.

Par exemple, l’industrie canadienne des œufs fonctionne avec un système de contingents.

Jusqu’à récemment, il n’existait pas au Canada un marché pour les contingents d’œufs.

Les producteurs d’œufs, explique M. Doyon, voulaient créer un marché centralisé à travers lequel ils pourraient vendre et acheter des contingents d’œufs.

M. Doyon et ses collaborateurs ont travaillé à la création d’un système qui répondait aux demandes spécifiques des producteurs d’œufs. « Un gros défi, explique-t-il, a été de créer une enchère centralisée qui ne ferait pas monter les prix tout en demeurant efficace ».

L’équipe de M. Doyon a créé un système d’enchère, appelé enchère tronquée, qui a été testé en laboratoire avant d’être utilisé. Ensuite, avec la rétroaction des producteurs d’œufs, ils ont amélioré le système. Le système a été testé de nouveau avant d’être mis en œuvre. Il a servi pendant trois ans au Québec et vient d’être mis en œuvre en Ontario.

Le système permet aux acheteurs et aux vendeurs de contingents d’œufs et de poulettes d’effectuer des transferts au moyen d’un système électronique transparent et accessible.

L’échange peut se faire à des dates précises à chaque trimestre. S’il y a assez de contingent offert pour que l’échange puisse se faire, le volume du contingent en offre est rendu public pour que des acheteurs potentiels puissent participer à l’échange.

« C’est un grand succès, affirme M. Doyon. Deux étudiants en ont fait le sujet de leur thèse de maîtrise, on l’a présenté à des congrès savants dans trois pays et il a été publié dans une revue spécialisée. Ce qui est plus important, le système s’est avéré utile pour les producteurs d’œufs. »