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Comment Maude Destrijker a choisi l’agriculture, mais à ses propres conditions


Ce texte fait partie d’une série de portraits de jeunes producteurs d’œufs. Ces jeunes chefs de file font tous partie du Programme national des jeunes producteurs des Producteurs d’œufs du Canada, une initiative visant à préparer la prochaine génération de chefs de file de l’industrie ovocole.

Maude Destrijker

Plessisville (Québec)

Chaque matin, avant l’école, le père de Maude Destrijker lui préparait le même déjeuner tout simple : deux œufs et du pain grillé. Des années plus tard, ce petit rituel allait définir non seulement ses valeurs, mais aussi la vie qu’elle choisirait de bâtir.

Pendant longtemps, toutefois, cette vie ne semblait pas inclure l’agriculture. Ayant grandi sur la ferme familiale au Québec, l’agriculture avait toujours fait partie de son quotidien, mais elle nourrissait des attentes qui la menaient vers un autre avenir. Élève brillante, Maude a choisi d’entreprendre une carrière en soins de santé, et a fini par s’inscrire en biochimie à l’Université Laval. Cependant, elle n’a pas tardé à se rendre compte que quelque chose clochait. Le déclic s’est produit pendant la pandémie, lorsqu’elle a commencé à repenser à sa vie et à l’avenir qu’elle envisageait. Sa conclusion l’a ramenée à quelque chose de plus simple : la famille, la présence pour les autres et les rythmes de son enfance.

« J’ai toujours rêvé de fonder une famille, dit-elle. Je voulais être présente pour mes enfants comme mon père l’a toujours été pour moi. »

Elle a donc changé de cap et suivi quelques nouveaux cours. Ensuite, elle a obtenu un baccalauréat en économie agricole et a accepté un emploi contractuel à titre de directrice de comptes à Financement agricole Canada. L’horaire était impitoyable – de longues journées au bureau s’enchaînant à des matinées et à des soirées à la ferme – mais cela a confirmé ce qu’elle avait commencé à soupçonner : c’était à la ferme qu’elle se sentait vraiment chez elle.

Aujourd’hui, Maude travaille à temps plein aux côtés de son père, Emmanuel, qu’elle décrit comme son mentor, son confident et son meilleur ami.

Son horizon s’élargit désormais au-delà de la ferme elle-même. Dans le cadre du Programme national des jeunes producteurs d’œufs des Producteurs d’œufs du Canada, où elle représente la Fédération des producteurs d’œufs du Québec, elle échange avec ses pairs de l’industrie partout au pays – une expérience qu’elle décrit comme à la fois stimulante et révélatrice.

« C’est passionnant de faire partie de cette nouvelle vague, dit-elle. On apprend les uns des autres, on découvre différentes approches et on se rend compte du nombre de possibilités qui existent pour faire toujours mieux. »

Ce sentiment d’enthousiasme se reflète dans la ferme elle-même, enracinée dans un tel acte de foi. C’est en 1981 que ses grands-parents ont quitté la Belgique, troquant leurs carrières de technicien informatique et de secrétaire médicale pour une nouvelle vie au Québec. Ils ont tout vendu et ont recommencé à zéro, en créant la ferme originale de Saint-Ludger, qui est maintenant gérée par Frederic, l’oncle de Maude. Emmanuel, le père de Maude, a ensuite repris une partie de la ferme originale et a construit, à Plessisville, ce qui allait devenir la Ferme Hellebecq, nommée d’après sa ville natale en Belgique. Aujourd’hui, les deux exploitations demeurent étroitement liées. À Plessisville, Maude et son père élèvent des poulettes et produisent des œufs. De plus, ils fournissent des poulettes à l’exploitation de son oncle.

Parallèlement, Maude continue de préparer le terrain pour l’avenir de la ferme.

« Nous construisons trois nouveaux poulaillers cet été, c’est mon projet », dit-elle. Dans l’intérêt de la durabilité, les nouveaux poulaillers seront en grande partie électriques et équipés de systèmes de ventilation et d’échangeurs de chaleur de pointe permettant de récupérer de l’énergie qui serait autrement perdue, ce qui améliorera l’efficacité énergétique et la qualité de l’air et assurera le bien-être des animaux.

C’est le genre d’approche novatrice que sa famille a toujours privilégiée. Cet esprit d’entreprise est ce qui parle le plus à Maude.

« Il y a cette image démodée de l’agriculture qui est synonyme de longues heures de travail et de labeur pénibles, déclare-t-elle. Mais ici, on gère une entreprise. On prend des décisions. Et on constate chaque jour l’incidence concrète de son travail; on peut voir le produit que l’on offre aux consommateurs. Savoir que des familles partout au Canada dépendent des œufs que nous produisons est vraiment gratifiant. »

Elle réfléchit aussi l’avenir à long terme. Avec 700 acres de forêt, la ferme investit dans la durabilité et gère les terres en tant que ressource pour l’avenir. Grâce à son engagement communautaire constant – en soutenant les entreprises locales, en contribuant aux repas pour les personnes dans le besoin et en appuyant les activités sportives des jeunes – Maude assume déjà un rôle de leadership plus vaste qui reflète les valeurs avec lesquelles elle a grandi.