De l’ingénierie à la ferme familiale : pourquoi Moawaz Sheikh a décidé de rentrer à la maison
Par Nicole HallCe texte fait partie d’une série de portraits de jeunes producteurs d’œufs. Ces jeunes chefs de file font tous partie du Programme national des jeunes producteurs des Producteurs d’œufs du Canada, une initiative visant à préparer la prochaine génération de chefs de file de l’industrie ovocole.
Moawaz Sheikh
Wainfleet (Ontario)
Avant de diriger les activités quotidiennes des Chaudary Poultry Farms, Moawaz Sheikh a travaillé dans une usine de transformation des aliments et une société d’experts-conseils en ingénierie, où il a optimisé les processus, assuré le dépannage des systèmes et abordé les résultats en termes d’intrants et d’extrants.
Aujourd’hui, l’ingénieur chimiste devenu producteur d’œufs applique la même mentalité dans un contexte très différent.
« Sur la ferme, vous voyez immédiatement l’impact de vos décisions, dit-il. Ce n’est pas seulement théorique. Il s’agit de bâtir un moyen de subsistance, de subvenir aux besoins d’une famille et de contribuer à la communauté. »
L’histoire de la famille de Moawaz a commencé il y a des décennies, avec une série de déménagements qui ont finalement amené ses grands-parents maternels du Pakistan en Europe, puis au Canada au milieu des années 1970. Ils sont arrivés avec des ressources limitées, mais avec la vision claire de bâtir quelque chose bien à eux.
« Ils avaient très peu d’argent à leur arrivée, explique-t-il. Mais ils voyaient l’agriculture comme un travail honnête et une façon de bâtir quelque chose ensemble, en famille. »
Ils ont commencé avec une petite ferme à Smithville avant de s’installer, en 1980, sur ce qui est aujourd’hui la ferme familiale à Wainfleet. Au cours de ces premières années, l’entreprise tournait plus au courage qu’autre chose. L’équipement était vieux, les pannes étaient constantes et les journées s’étendaient d’avant le lever du soleil jusqu’à bien après le coucher du soleil.
« Mon grand-père travaillait comme électricien dans une usine de Kitchener pendant la journée, dit Moawaz. Il rentrait ensuite à la maison et réparait l’équipement, faisait fonctionner les systèmes d’évacuation du fumier et faisait tout ce qui devait être fait. Pendant la journée, ma grand-mère, mes oncles et ma mère ramassaient des œufs et s’occupaient des poules. »
Ce rythme de responsabilité partagée, de longues heures et de résolution constante des problèmes a jeté les bases de ce qui allait devenir les Chaudary Poultry Farms.
Moawaz a grandi en regardant sa famille composer avec les exigences de la ferme. « J’ai vu ce que signifiait bâtir quelque chose à partir de rien, déclare-t-il. Ça m’a marqué. »
Il a étudié le génie chimique à l’Université Western, puis a obtenu une maîtrise en environnement et en affaires à l’Université de Waterloo. Après avoir travaillé dans une usine de transformation des aliments à London, en Ontario, il est passé à la consultation en génie, aidant les municipalités à planifier des infrastructures vertes à long terme et des stratégies de décarbonisation.
« J’apprenais beaucoup, dit-il. Pensée systémique, résolution de problèmes et gestion d’opérations complexes. »
Mais avec le temps, quelque chose a changé en lui et il s’est retrouvé à la croisée des chemins.
« J’avais la possibilité de faire progresser ma carrière, dit-il. Ou de revenir pour bâtir avec ma famille quelque chose de plus grand que moi, qui avait plus de sens. »
Moawaz a choisi la deuxième option. Il est retourné à la ferme l’an dernier et vit maintenant sur la propriété, assumant un rôle à temps plein de supervision des activités quotidiennes. Son oncle dirige d’importants projets de construction et d’agrandissement, y compris la construction de leur nouveau logement en colonies enrichies et de volières en liberté, tandis que son cousin appuie le travail quotidien. La famille a récemment fait l’acquisition d’une nouvelle ferme, et les activités ont augmenté de 25 % au cours de la dernière année.
L’une des améliorations les plus importantes à la ferme est quelque chose que la plupart des gens ne remarqueraient jamais, c’est-à-dire le passage d’une alimentation monophasée à une alimentation triphasée, ce qui assure un flux régulier d’électricité vers l’équipement. « Il y a moins de pression sur le système et moins de défaillances, explique Moawaz. L’alimentation fournit une puissance plus constante, ce qui se traduit par un meilleur rendement des moteurs. »
Dans une ferme où la ventilation, les systèmes d’alimentation et la collecte des œufs dépendent tous du bon fonctionnement des moteurs, cette constance est importante.
En parallèle, la ferme a investi dans des panneaux solaires, installés tant sur le toit des bâtiments que sur des structures au sol, afin de compenser ses coûts d’électricité et de réduire sa dépendance au réseau.
Même avec ces améliorations, le cœur du travail n’a pas changé.
« Ce que j’aime le plus, c’est de voir le cycle de vie complet de la poule, dit-il. Optimiser la façon dont les poules produisent et s’assurer qu’elles sont aussi confortables que possible. »
Ce lien avec les animaux, le processus et le résultat est ce qui distingue l’agriculture pour lui.
À titre de représentant des Egg Farmers of Ontario dans le cadre du Programme national des jeunes producteurs, Moawaz est impatient d’approfondir sa compréhension du secteur tout en créant des liens avec d’autres personnes aux prises avec des défis semblables.
« Je m’intéresse particulièrement à l’échange d’idées sur l’efficacité opérationnelle, le développement des infrastructures et les technologies émergentes qui renforcent la résilience, déclare-t-il. Tout aussi important, j’ai hâte de tisser des liens avec des pairs qui s’investissent tout autant dans l’avenir à long terme du secteur ovocole. »
Cette perspective plus large s’étend également à la façon dont il voit son rôle auprès des consommateurs.
« Je pense qu’il est vraiment utile de créer plus d’occasions de dialogue entre les producteurs et les consommateurs, dit-il. Quand les gens comprennent comment leurs aliments sont produits et les normes qui les entourent, cela renforce la confiance et la reconnaissance envers ce travail. »